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Les PARIZEL, profession : MEUNIER
Au cours de mes recherches généalogiques, il est tout à fait évident qu’à une époque, sur une période relativement longue d’ailleurs, la profession de meunier était très présente chez les PARIZEL.
J’ai donc décidé de consacrer un chapitre aux meuniers, à certains moulins de la vallée de la Semois, mais évidemment aussi à la présence des PARIZEL à certains d’entre eux, situés sur le territoire des communes de Nafraiture, Orchimont, Oisy, Bellefontaine.
Ils furent aussi présents à Bièvre, Bohan notamment (La mention « Parizel- Parizel .Jean Baptiste » à Bohan est encore reprise en 1906 dans une liste du receveur des contributions de Chairière établie dans le but d’appliquer une taxe concernant les utilisateurs de roues hydrauliques pour son secteur comprenant Chairière, Alle, Vresse, Membre, Bohan, Gros Fays et Baillamont)
Les meuniers
Les meuniers devaient être un peu tout à la fois. Il fallait, non seulement faire fonctionner le moulin, mais aussi en assurer l’entretien, celui des bâtiments, du bief (canal qui déviait l’eau du ruisseau pour alimenter la roue) ; ils devaient aussi savoir se débrouiller en cas de panne. Les meules ne pouvaient jamais tourner à vide, c’était un métier de tous les instants.
Les femmes de meunier étaient particulièrement habiles également. Il fallait aplanir les tensions entre le mari et les clients, faire marcher le moulin et élever les enfants de la famille souvent nombreuse.
Ils se mariaient fréquemment entre famille de meuniers, les enfants devenant souvent meuniers.
S’ils avaient la contrainte de vivre au moulin, ils étaient en contrepartie exemptés d’impôts. Au moyen âge, ils pouvaient travailler les dimanches et jours de fête. Par contre, ils devaient arrêter le moulin pendant la grand messe et aussi le vendredi saint !
Au moyen âge, la rétribution du meunier était du 1/10ème ou du 1/12ème des céréales reçues. Avant la révolution, il n’acceptait jamais d’argent. On dit que le meunier se servait largement.
Si les meuniers sont souvent traités de voleurs, radins et menteurs, ils sont surtout rusés, malins, joviaux, et accueillants. Ils avaient cependant très bonne réputation, étant de bon conseil et bien souvent consultés par les gens du village.
Les saints patrons des meuniers sont Saint Victor et Saint Clément. On cite aussi Saint Martin. Ils fêtent aussi Sainte Gertrude (protectrice contre les rongeurs) et Sainte Catherine.
Mais les pauvres meuniers ne fêtaient parfois rien du tout…
Les expressions en usage sur les meuniers ne manquent parfois pas de saveur :
Une farce populaire, en 1623, dit que « tous les métiers avaient un saint patron, sauf les meuniers. Ceux-ci ne reconnaissaient que le Bon Larron, parce qu’ils étaient larrons eux-mêmes, mais qu’à la fin de leur vie, comme lui, ils seraient pardonnés. »
D’autres dictons étaient eu aussi assez pétillants :
-Saint Pierre n’a jamais voulu ouvrir son paradis ni aux tailleurs, ni aux meuniers…
-Si à ma mort, j’ai un meunier à ma droite et un autre à ma gauche, je mourrai comme Jésus entre deux larrons…
-Le hanneton vole 24 heures et le meunier toute l’année…
-Les cochons des meuniers sont vite gras…
-Jeter son bonnet par-dessus les moulins…
-Se faire d’évêque, meunier…
Les moulins
De nombreux types de moulins ont été impérativement nécessaires dans la vie de nos ancêtres.
En effet, l’absence d’électricité (éclairage et force motrice des machines), de dérivés du pétrole (carburant et éclairage), entre autre, nécessitaient la création de moulins, et l’ utilisation de la force motrice de l’eau par ceux-ci, pour de nombreuses utilisations différentes.
Parmi les différents types de moulins étant actionnés par des roues à palles ou à godets, les plus fréquents dans la région ont été :
Les moulins à farine (meunerie), pour moudre seigle, blé, épeautre, avoine,…(fabrication du pain, nourriture pour le bétail), les plus nombreux.
Les moulins à planche (scierie), utilisés pour le sciage de long ; beaucoup de moulins à farine ont terminé leur vie en moulins à planche : Ruaumoulin, Gros Fays, Mouzaive.
Les moulins à tourner le bois : Bohan, Vresse.
Les moulins à pierre (scierie), pour scier et polir la pierre : Mitauge, Our (marbre).
Les moulins à hacher le tabac (hachoir) : Bohan.
Les moulins à huile (huilerie ou tordoir) : fabrique d’huile destinée à l’éclairage à partir du colza, la navette ou les faines. On en rencontre déjà avant 1800 (Fayais), mais beaucoup après 1850 : Orchimont, Nafraiture, Mouzaive, Gros Fays, Louette St Pierre.
Les moulins à vinaigre (vinaigrerie), on broie des petites pommes sauvages : Gedinne, Mitauge.
Les moulins à écorces (équipés d’un hachoir) pour fabriquer le tan (traitement du cuir), sont souvent associés à une tannerie : Gedinne.
La carte ci-jointe situe quelques moulins de la région qui concernent des PARIZEL :
1. Moulin du Fayais (Bellefontaine).
2. Moulin de Bellefontaine ( dit aussi de La Haye).
3. Moulin à farine d’Orchimont.
4. Moulin à farine Parizel (dit de Nafraiture, appelé ensuite moulin Daniel).
5. Huilerie Parizel .
6. Moulin à farine Deflandre.
7. Moulin de Mitauge.
8. Moulin de Ruaumoulin ( aussi dit de Monceau, puis de Bibine).
D’autres moulins de la région sont également situés sur cette carte.


Carte de Cassini (relevés de 1756 à 1758) : l’ emplacement du moulin du Fayais.
1. Le moulin du Fayais :
Il est situé sur le ruisseau du même nom, sur la commune de Bellefontaine (limite avec Houdrémont). Il est déjà cité en 1232. Par la suite (18ème siècle), on a construit un moulin à farine juste à côté. Ce moulin était surtout pour les habitants d’Houdrémont qui n’en avaient pas sur leur commune.
Jean Joseph Parizel (fils d’Hubert et Marie joseph Minguet) y a été meunier (vers les années 1830).
- Le moulin de Bellefontaine (aussi dit de La Haye) :
Ce moulin fut construit près de la grotte Notre Dame de Lourdes, et la fontaine Saint Furny.
Hubert (1771-1845) y est meunier de 1794 (marié à Marie joseph Minguet) à sa mort en 1845. Il s’agit du 8ième enfant d’ Henri(1727) et Anne Marie Divoy. Son fils Jean Joseph (voir ci-dessus) d’abord puis son petit-fils Eugène reprendront le moulin jusque vers 1900.
- Le moulin d’Orchimont :

Un moulin existait déjà le 11 mars 1328, un peu en aval de l’actuel. Le nouveau est construit en 1734.
En 1768, il appartient aux habitants d’Orchimont. Vers 1795, il devient bien national et appartient à l’état français. Peu après, la commune d’Orchimont le rachète, le loue puis le revend ensuite.
Il est racheté par les PARIZEL vraisemblablement vers 1795. De 1806 à 1819, le meunier qui l’utilise est Daniel Pierrard qui a épousé Elisabeth Parizel. Par la suite, de 1820 à 1840, on y trouve Charles Parizel puis un autre Daniel Parizel. Il est vendu à Thomas COLAS vers 1880. L’acte du 11 mars 1880 reprend l’historique du moulin. Il est précisé : « ...est devenu la propriété de la famille PARIZEL dont le sieur Thomas Colas est le chef actuel par alliance... ». (Serait-ce un fils d’Auguste Colas(né 1826) qui était un beau-fils d’Hubert et Marie Joseph Minguet ?)
- Le moulin de Nafraiture (dit moulin PARIZEL, puis Moulin Daniel) :
Il se trouve sur le territoire de la commune d’Orchimont. Il s’agit d’un moulin à farine. Il d’abord situé d’abord au confluent du ruisseau d’Orchimont et du ruisseau des prés Lauvaux. Il changera de place à la révolution française(500 mètres plus bas). Ce sont les PARIZEL de Nafraiture qui le font marcher. Le fait d’être sur la commune d’Orchimont, sur la rive gauche, va causer quelques tracas religieux aux meuniers.
On n’a pratiquement rencontré que des Parizel à ce moulin. L’auraient-ils construit ?
Avant 1701, c’est le fils de Jean(512) Hubert, curé, qui en est propriétaire. Henri(256) y est meunier (cité dans des actes en 1693,1701, 1708, 1712 et 1714). Le 10 novembre 1701, Hubert vend le moulin à Léonard fils d’Henri et futur curé à Nafraiture. A la suite d’Henri comme meunier, en 1716, c’est aussi un Hubert (mari d’Anne Herman, le fils aîné d’Henri) qui le fait marcher (il est cité en 1719, 23, 27, 30, 34, 37).
Jean François(64).
Jean Baptiste, né en 1765, époux Marie Perot, petit-fils d’Hubert et Anne Herman.
Hubert, son fils, né en 1788.
Henri, né en 1780, époux Eugénie Grosjean, autre petit-fils d’Hubert et Anne Herman.
Charles François, né en 1817, fils de Jean Joseph(32) et Marie Catherine Arnould.
Charles François, né en 1783, époux Marie Françoise Gilles, frère de Jean Joseph(32).
Ses fils, Jean François né en 1822, Vivent né en 1826, tous deux célibataires au moulin.
On cite encore un autre fils, Gustave né en 1830.
C’est ensuite son fils le plus vieux, Daniel, né en 1814, décédé en 1883,
qui donnera son nom au moulin.
Ajoutons-y encore beaucoup d’autres frères et cousins, cités « cultivateurs », qui soignent le bétail, qui travaillent en saison à l’huilerie ; cela fait vraiment une tribu ! Il leur faut tout.
Il ne subsiste actuellement que des ruines qui ont été dégagées par le syndicat d’initiative de Nafraiture-Orchimont et la commune de Vresse, avec des bénévoles. Certaines de ces ruines dont des parties de murs et l’emplacement d’une roue sont représentées sur l’image précédente.
5. L’huilerie Parizel :

Nous sommes en 1856 ; c’est le début de ce qu’il y a presque lieu d’appeler la « guerre des moulins ».
Depuis quelques temps, un commerçant originaire de Bouffioulx est venu s’installer à Nafraiture. Il s’appelle Nicolas Joseph Désiré Toussaint (dit Toussaint) DEFLANDRE, né en 1799. Il s’intègre très bien au village (normal, il est cabaretier !), y gagne bien sa vie, est très vite propriétaire de pas mal de terrains à Orchimont comme à Nafraiture dont il devient d’ailleurs bourgmestre (de 1849 à 1854). Ambitieux, et voulant contrer la puissance des Parizel, il décide de construire deux moulins (un à farine et l’autre à huile). Daniel est vite au courant et ne voit pas cela d’un très bon œil !
Le 12 février 1856, notre Daniel écrit au gouverneur de la province et « ...prend la respectueuse liberté de vous prier de bien vouloir lui accorder l’autorisation d’établir une huilerie mue par une roue hydraulique à l’endroit dit Grosvarlet section de Nafraiture( ?), commune d’Orchimont…… ».
Après respect de la traditionnelle procédure administrative, l’autorisation est accordée le 19 juillet 1856. Daniel peut donc commencer ses travaux. Il rencontre des problèmes et demande deux dérogations pour la prolongation des travaux de construction qui lui sont accordées. Le 27 février 1859, M. Clouet, conducteur de Membre, s’assure de la concordance aux clauses prévues, place le scellé, et en avise la députation permanente via l’ingénieur de Dinant. Cette huilerie, comme beaucoup d’autres, disparaîtra assez vite à l’arrivée du pétrole.
Il y en a encore quelques vestiges actuellement, dont la meule récupérée par la famille Nemery devenue propriétaire du terrain (voir images ci-après).

Les meules de l’huilerie PARIZEL récupérées par M. Nemery.

Des ruines de l’huilerie PARIZEL.
- Le moulin Deflandre :
Un bon mois après Daniel, Toussaint Deflandre a donc lui aussi introduit sa demande (pour un moulin à huile mais aussi un moulin à farine), voulant lui aussi faire un moulin (ou simplement ennuyer Daniel Parizel ?), mais il a été pris de vitesse.
Assez bizarrement, l’autorisation lui sera accordée pour son moulin à farine (tout est d’ailleurs réglé très vite, le 25 mars 1858 le moulin fonctionne !), près du moulin de Daniel, mais sur le territoire de Nafraiture !
On ne cite comme meuniers que Toussaint Deflandre et son fils. Ce moulin sera démonté vers 1900. A l’heure actuelle, rien ne dit que son huilerie a existé, malgré l’autorisation de la construire !
A cause de la construction de la voie du tram, on ne voit plus grand chose actuellement.
- Le moulin de Mitauge :
Il est construit vers 1780. Ce moulin est sur le territoire de Oizy, comme celui de Ruaumoulin.
Le problème est souvent de savoir qui travaille où, vu la proximité de tous ces moulins. Des Parizel y ont peut-être travaillé. Les recherches effectuées ne m’ont pas apporté de résultats positifs actuellement.
- RUAUMOULIN (moulin de Monceau, puis dit de Bibine) :
Ce moulin, si cher à Yvon Barbazon, est le berceau de la branche familiale plus récente.


Le moulin vers 1950. On peut encore y voir la roue, à l’avant plan à droite, protégée par un mur et des fagots.
Le moulin de Ruaumoulin est situé sur la commune de Oizy, le long du ruisseau qui porte le même nom. A quelque mètres de l’entrée, un petit pont traverse ce ruisseau. De l’autre côté de l’eau, un fournil est implanté sur la commune de Monceau. En effet, c’est le ruisseau qui détermine la limite des deux communes.
Les moulins d’Orchimont, du Fayais, de Vresse et de Louette sont mentionnés au 13ième siècle. Il n’y a pas de raison que celui-ci ne soit pas aussi ancien. Le premier écrit connu actuellement date de 1494. Il est attribué dans les divers documents connus des orthographes différentes : Rouillamoulin, Rouillamollin, Roullaumoulin, Royamoulin, Roaumoulin, Ruômoulin, Ru au moulin,…Il en existe encore d’autres plus récentes. L’épouse d’un Jean Parizel est Elisabeth ROULAMOULIN et il s’agit du même nom !
Ne voulant certainement pas reprendre l’histoire du moulin qui a si bien été contée par Yvon Barbazon, grand passionné de moulins et de leur histoire, je ne peux que vous inviter à consulter les deux publications qu’il a rédigées sur le sujet.
Il y relate entre autre la succession des différents propriétaires. Il reprend alors la chronologie des différents meuniers qui ont travaillé au moulin.
Son étude de la généalogie des Parizel (comme il le signale d’ailleurs) comporte plusieurs erreurs. Ce n’était pas son but. J’y ai donc apporté quelques corrections et compléments.
Il a répertorié 41 meuniers de l’histoire du moulin, entre 1539 et 1960, date de la fin d’activité du moulin.
Parmi les 8 premiers, il y a 5 meuniers qui portent le nom du moulin, on leur doit le nom.
Le 9ième est Jean(512) cité en 1646, pour deux ans.
Le locataire suivant, Jean D’Ivoy, fait déjà peut-être partie de la branche familiale, plusieurs mariages ayant eu lieu entre Divoy et Parizel avant 1680.
Le 12ième est à nouveau Jean(512) de 1651 à 1652.

Le moulin vers 1905, le mur et les fagots protègent la roue (avant-plan à droite).
Ensuite, il n’y a pas de trace de Parizel comme meunier avant le 32ième, en 1827 !
Toutefois, des Divoy, Clarinval, Pierret, Philippe et Arnould, meuniers pendant ce temps, ont eu des alliances avec des Parizel lors de cette période transitoire. Il serait intéressant d’en faire l’étude complète. Les Parizel n’en sont certainement pas totalement absents dans l’usage du moulin !
De 1827 à 1842, on y retrouve Jean joseph(32), époux de Marie Catherine Arnould. Il a eu comme cité auparavant, 8 enfants. Ce n’est qu’à partir de la naissance du 7ième enfant en 1827 que la naissance est déclarée au moulin.
Jean joseph(32) est vraiment un homme ingénieux, inventif et malin !
C’est lui qui va donner un nouvel essor au moulin.
En 1813, lors de son mariage, il est déclaré propriétaire à Orchimont. Il est aussi déclaré maître charpentier, il adore donc le travail du bois. C’est lui qui va instaurer une scierie au moulin.
Ce sont ses deux fils qui vont achever son bail à sa mort le 16 mai 1842 :
Charles François, né en 1817 qui est ensuite renseigné meunier à Nafraiture, travaillera à Ruaumoulin.

Le moulin avant 1914, peu de traces de la scierie !
Puis Charle joseph Auguste(16) qui marque vraiment une préférence pour le travail du bois, son père le faisant certainement travailler à la scierie. Il part assez vite vers Monceau où il épouse Joséphine Henry. Ils n’y resteront donc plus très longtemps.
C’est d’ailleurs l’époque où les moulins perdent petit à petit de leur nécessité, vu la création de l’électricité et l’arrivée du pétrole.

Vers 1960, le dernier meunier Joseph Copine est sur le pont.
Toutefois, le choix de la conversion au métier de charpentier n’est pas dénuée de tout intérêt !
En effet, un certain Joseph Pierret, originaire de Alle sur Semois, se lance résolument dans la culture du tabac.
Il en plante un are, à titre d’essai, en 1855, dans un jardin derrière leur maison de La Coue.
La réussite de cet essai a entraîné la culture de 9 millions de plants soit 400 Ha avant 1900 dans la vallée de la Semois.
Une étude sur la construction de hangars (parfois construits dans les champs de tabac et, destinés au séchage des plants) attribuerait, à plus de 60% entre Bohan et Dohan, leur réalisation à des charpentiers de la famille PARIZEL…. une autre histoire à creuser !
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